L’Herbier 2 Series of 150 watercolors, 24 × 32 cm, 2006-2017
Près de Pékin dans le village d'artistes d’Hongmiao en septembre 1993, lors d’une visite de l’atelier du peintre chinois Yue Minjun, voir dans son jardin sa table de travail pour l’encre, très basse, m’a fait comprendre la bonne position pour le délié du poignet, indispensable au dessin à l’encre et à l’aquarelle.

Avant cela, en 1989, j’avais admiré une pièce de Richard Baquié intitulée Batailles, une petite série, où deux taches de couleurs d’aquarelle s’interpénètrent. Jusque-là, bien que fortement impressionné par Turner, j’avais toujours eu tendance à maîtriser le jeu des couleurs entre elles.

En 1994, sur une table basse dans un jardin, je commence une grand série de dessins d’insectes à l’aquarelle avec des quart-raisins de papier Ingres léger, où je laisse les couleurs s’entremêler, batailler.

Puis en 2006, j’abandonne les insectes presque totalement pour me tourner vers les plantes, constituant ainsi une manière d’herbier. D’abord je recueille les modèles, des petites choses, morceaux de végétaux, pétales etc... C’est l’agrandissement au format 24 × 32 qui est intéressant et qui impose le geste. Le papier qui gondole l’aquarelle travaille autant que moi.

Comme j’ai déjà réalisé un groupe de dessins format raisin à la mine de plomb et graphite intitulé Herbier, ce sera Herbier 2.

2017: suspension de l’Herbier 2.
KeralaSeries of 36 watercolors, 24 × 32 cm, 2020

Adolescent, un passage du Miracle de la rose de Jean Genet me marqua profondément. Un des héros accroche aux murs de sa cellule les photos d’un repris de justice condamné à mort, qu’il a découpées dans un journal: elles embellissent, sanctifient même les murs, et envahissent son âme. Pour moi cette idée de la beauté de la sainteté du garçon criminel ne s’effacera jamais.

Je découpe mes premiers visages dans la presse, je les épingle aux murs, je les compare aux garçons de mon entourage. Au même âge, au cours de dessin,souvent il faut faire des gammes à la gouache, les deux se combinent, l’étude de la couleur et le fantasme: je pense aux garcçons que j’aime, leur visage, leur personnalité, leur corps.

Désormais chaque gamme est l’un d’eux. Parfois le même garçon revient dans les variations de plusieurs gammes, d’autres fois l’un d’entre eux est le sujet d’une seule gamme.

Je ferai des gammes souvent, à différentes périodes, à l’aquarelle désormais, et toujours en pensant à des modèles, des amis, des garçons de café, tout ceux que je croise régulièrement mais aussi ceux que je ne vois qu’une fois dans la rue, dans un train, un bar, n’importe où, et ceux que je trouve dans les journaux sur les affiches, tous, enfin !

En 2020, en Inde, au Kerala, je repense aux gammes, il y a longtemps, vingt ans peut-être, que je n’en ai pas fait. Je commence une nouvelle série (Kerala) sur divers papiers, de bonne qualité chiffon et d’autre papiers ordinaires très fins ou rigides pour des réactions différentes. La série se poursuit en Bretagne sur les mêmes bases (Brittany).

Les gammes ont évolué depuis le lycée: les couleurs sont associées librement, et les lieux dans lesquels je peins influent sur elles. Mais le principe reste le même, la rêverie en est toujours l’élément clef.
BrittanySeries of 32 watercolors, 24 × 31 cm, 2020